« T’es vraiment malade comme batteur! »

Écrit par le 23 octobre 2012 – Aucun commentaire

Ha. Intéressant. Pour ma part, ce n’est pas vraiment le genre de mots que j’utilise quand quelque chose me plaît. Comme dirait l’autre : « C’était malade! » Personnellement, je dirais plutôt quelque chose comme : « C’était vraiment super! » Si je passais une journée à faire du skate, je ne dirais pas : « Wow! C’était malade! » Je dirais plutôt : « Wow! C’était vraiment super! » J’imagine que « super » est le mot que je préfère. Si cette personne à qui je fais allusion ici avait utilisé le mot « super » plutôt que « malade » pour me dire à quel point elle m’avait trouvé bon à la batterie, je ne serais pas en train de vous écrire ce mot.

Bonjour. Je m’appelle Aaron. En 1998, ma vie tout entière a chaviré à cause de deux petites lettres. SP. Aujourd’hui, ces lettres ne me dérangent plus autant qu’auparavant. Mais elles m’ont conduit à l’hôpital des centaines de fois. J’ai dû me faire des centaines d’injections aussi depuis qu’elles sont entrées dans ma vie. Analyses sanguines, doses élevées de corticostéroïdes administrées par voie intraveineuse, injection d’interféron bêta-1a (Rebif) trois fois par semaine, IRM, potentiels évoqués… Tous ces mots font maintenant partie de ma vie.

Après quatorze ans à supporter tant bien que mal la SP, je peux enfin dire avec bonheur que j’y arrive. Je prends mes médicaments et suis mes prescriptions à la lettre depuis le début et je ne me rappelle même plus la dernière fois où j’ai eu une poussée. Dans ma tête, je n’aurai plus jamais de poussées de ma vie. Et il faut que ce soit comme ça. Je joue de la batterie dans le monde entier avec mes amis et je n’ai jamais laissé la SP nuire à ma vie.

Me remettre en forme et terminer l’écriture de notre dernier album ont occupé tout mon temps durant l’été de 2011. J’ai aussi passé le plus de temps possible avec ma famille. En gros, c’est tout ce que mon été m’a permis de faire. Chaque jour, je traversais la ville de Toronto d’ouest en est à vélo. Je prenais un bon repas, buvais beaucoup d’eau et jouais de la batterie pendant des heures. À la fin de la journée, je reprenais mon vélo et retournais dans l’ouest de la ville. Tout allait bien et j’étais prêt pour mon rendez-vous périodique chez le médecin. Il y a quelques années, j’avais ressenti des douleurs à la poitrine après avoir faire un tour de vélo. On m’avait alors fait subir quelques examens, puis on m’avait expliqué que j’avais une bicuspidie aortique. Les médecins m’avaient alors dit : « Pour le moment, ça ne pose pas de problème, mais nous en ferons quand même le suivi. » Puis ils ont ajouté : « C’est très fréquent : une personne sur trois présente cette anomalie. » OK. Ça, c’était il y a plusieurs années. Donc, à mon dernier rendez-vous, je m’attendais à me faire dire, comme toutes les autres fois : « Tout va bien. On se revoit dans six mois. »  Mais on m’a plutôt dit : « Le volume de ton cœur a augmenté. Il travaille trop fort. Tu vas devoir subir une chirurgie à cœur ouvert sans trop tarder. »

Le retour à la maison ce jour-là a été pour le moins bizarre. Lorsqu’on se fait dire qu’on doit subir une chirurgie à cœur ouvert, il y a toute une vague d’émotions qui vient chambouler la journée.

À ce moment, je savais que deux semaines plus tard, je serais en route pour Vancouver pour l’enregistrement de notre prochain album. Cela voulait dire environ dix heures par jour à jouer de la batterie. Je n’ai rien dit à personne. Il fallait que j’y sois. J’ai donc mis ça de côté et je me suis concentré sur le travail. Ça a été extrêmement difficile pour moi, mais j’y suis arrivé.

J’ai attendu deux mois avant de connaître la date de ma chirurgie : le 2 février a été inscrit au calendrier.

La chirurgie était sérieuse, mais j’étais calme. La veille, il s’était passé quelque chose en moi : j’avais accepté ce qui m’arrivait. Et ce sentiment, c’était tout simplement merveilleux. J’aurais pu vivre ça de toutes sortes de façons. J’aurais pu en effet paniquer en sachant qu’on allait arrêter mon cœur et scier mon sternum en deux. J’aurais pu aussi me mettre à penser à tous les « et si », mais ce type de pensées ne sont jamais très positives. Je me suis donc concentré sur l’avenir : un jour, j’allais être totalement guéri, et tout ça ne serait plus qu’un souvenir. Je me revois faire quelques pas et sentir la tension qui régnait autour de moi. Pour ma part, j’étais tout à fait calme par rapport à ce qui s’en venait. Même si c’était quand même un peu paniquant, le fait d’avoir accepté la situation facilitait beaucoup les choses.

Puis, l’heure de mon opération est arrivée. Ma femme et ma famille m’accompagnaient. Alors qu’on me préparait pour la chirurgie, chacun est venu me voir. C’était vraiment étrange, parce que je n’étais pas seul, finalement, à traverser cette épreuve. On m’a donné quelque chose pour me détendre avant de m’endormir pour l’opération. La dernière chose dont je me souviens, c’est que je regardais tout autour de moi les gens en train de se préparer. Il y avait au moins dix personnes et, au plafond, de grosses lumières. Puis je me suis peu à peu endormi…

Ensuite, je me suis éveillé.

À suivre…

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