Mon plan

Écrit par le 23 mai 2014 – Aucun commentaire

En tant que super héros, je dispose toujours d’un plan. Il m’arrive même d’avoir aussi un ou deux plans de secours. Pour me décrire, les gens parlent souvent de « personnalité de type A », de « personne très organisée » ou de « personne accrochée à ses habitudes ». J’aime « penser à mon affaire » et avoir sous la main un plan exécutable pour tous les aspects de ma vie. Bien avant d’obtenir mon diplôme d’études secondaires, mon avenir était déjà tout tracé dans ma tête. Je savais ce que je voulais faire pour gagner ma vie. Je pensais alors que j’avais une certaine avance par rapport aux autres. Je voyais déjà le chemin que j’emprunterais dans la vie. Vous voyez sans doute où je veux en venir… Quelle ironie, en effet! Une planificatrice dotée d’une « personnalité de type A » chez qui on diagnostique une maladie qui évolue et se manifeste de façon tout à fait imprévisible! C’est là que me vient à l’esprit l’expression anglaise « We make plans and God laughs » (nous élaborons des plans, mais Dieu s’en moque)! Donc, comment la planificatrice que je suis compose-t-elle avec les aspects de sa vie qu’elle ne peut plus planifier? La réponse : elle y parvient, mais avec beaucoup de difficultés et en prenant de grandes respirations!

Je suis accro aux listes. Je fixe des listes pour tout : mes tâches quotidiennes, mes objectifs pour l’année, etc. Bien entendu, je ne fais jamais mon épicerie sans ma liste de commissions. Ma meilleure amie se moque de moi en me voyant faire et refaire mes listes. En dressant tant de listes en si peu de temps, je vais finir par user mon pauvre tableau blanc… La réalité est que le fait d’établir des listes m’apaise. Rien d’étonnant à cela, car je suis de ceux et celles qui tiennent assidûment leur journal. Lorsque je parviens simplement à freiner ma tendance à la procrastination et à agir pour mettre à exécution toutes mes listes, j’ai vraiment l’impression que les choses finiront par s’arranger.

Après mon diagnostic de SP, j’ai commencé à me servir de listes sur lesquelles j’inscrivais les noms des médecins que je consultais, les dates de mes rendez-vous, les options de traitement qui m’étaient proposées, les choses dont je devais être au courant, etc. J’avais des listes pour tout et n’importe quoi. Or, je pense que c’est là que, pour la première fois, j’ai été amenée à prendre du recul pour comprendre que le fait de dresser des listes et d’élaborer des plans ne changerait pas grand-chose dans ma vie. Il a bien fallu, à un moment donné, que j’admette qu’il ne suffit pas d’avoir un plan et que, par exemple, un rendez-vous avec un médecin peut être reporté à tout moment. Un tas de choses peut survenir sans prévenir. Ce n’est pas du jour au lendemain que je suis parvenue à saisir cette réalité. Aujourd’hui encore, j’ai parfois du mal à composer avec cette incertitude. Les listes n’ont pas complètement disparu de ma vie, mais je ne dépends plus d’elles ni des plans qu’il m’arrive encore de mettre au point. La vie est soumise à des fluctuations qui peuvent s’avérer difficiles lorsqu’on éprouve les angoisses liées à l’adolescence ou qu’on aborde l’âge adulte. La vie est une succession d’avancées, de reculs et d’occasions de faire des erreurs et de tirer des leçons. Ce qui importe, c’est que chacun de nous continue d’apprendre et s’efforce sans relâche d’aller de l’avant. Et je ne pense pas que cela s’applique seulement aux personnes qui, comme nous, sont touchées par la SP. Je crois plutôt que la SP nous amène à comprendre cette réalité un peu plus tôt que la plupart des gens.

Enfin, comment fait-on pour continuer d’avancer lorsqu’on est une adepte de la planification comme moi? Je ne crois pas que nous puissions modifier les traits de caractère qui font de chacun de nous une personne unique. Cependant, nous avons le pouvoir de changer l’impact que ces caractéristiques peuvent avoir sur notre vie. Je continue de dresser des plans et des listes, mais je sais qu’il pourrait être nécessaire de les changer ultérieurement. Ce n’est certainement pas la fin du monde, et cela ne m’empêchera certainement pas de vivre! Je vous invite donc à prendre du recul, comme moi, qui m’apprête à laisser de côté mes stylos effaçables et mon tableau blanc. Nous avons tous besoin, parfois, d’un peu de répit!

-Loribelle

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