Dépression et SP

Tout le monde sait ce que c’est que d’« avoir les bleus ». On se sent déprimé vis-à-vis de soi, de ses relations, de l’école ou du travail, de son avenir. On a l’impression que son verre est à moitié vide alors que celui des autres est plein. Mais, un jour, quelque chose de bien se produit, qui remplit le verre.

La dépression clinique est tout à fait différente de cet état. Il s’agit d’une maladie courante qui touche une personne sur cinq au cours de sa vie. Elle entraîne des symptômes physiques et psychologiques qui ne disparaissent généralement pas en un jour ou deux, mais persistent plutôt pendant des semaines, voire des mois. Il en est ainsi car ces symptômes sont les indicateurs d’une maladie à l’œuvre. Il ne sert donc à rien de te dire de te « prendre en main », de « penser positivement » ou de « te ressaisir ». La dépression n’est pas un signe de faiblesse de caractère ni de manque de volonté. C’est un problème de santé, tout comme la SP, qui exige des soins médicaux.

Un diagnostic de maladie chronique, comme la sclérose en plaques, constitue une véritable perte dans la vie. Il faut prendre le temps de faire son deuil des changements que ce diagnostic a entraînés. Toutefois, même s’il est naturel d’être bouleversé par une nouvelle pareille, il importe de distinguer le processus de deuil de la dépression. On sait maintenant que la dépression est un symptôme de SP (attribuable au processus pathologique) et qu’on peut la traiter par des médicaments ou la psychothérapie ou les deux.

Au cours du processus de deuil, on a généralement besoin de réconfort et d’amour. Mais une personne déprimée a plutôt tendance à s’éloigner des autres. Cette attitude peut amener les proches et les amis à laisser tranquille cette personne qui leur tourne le dos à un moment où elle a le plus besoin d’eux.

Qu’est-ce qui provoque la dépression?

On connaît peu les causes de la dépression clinique. Certaines familles semblent y être prédisposées, mais les facteurs génétiques n’expliquent pas tout. Certains facteurs psychologiques (par ex., une grande perte, les problèmes financiers, le stress) et des facteurs environnementaux peuvent aussi jouer un rôle dans l’apparition de la dépression. On sait maintenant que les fluctuations hormonales chez la femme peuvent aussi contribuer à la dépression. La dépression touche en effet deux fois plus de femmes que d’hommes.

La dépression est-elle fréquente dans la SP?

La dépression clinique est plus fréquente parmi les personnes atteintes de maladies neurologiques, comme la SP. Environ 50 % des personnes atteintes de SP éprouvent des symptômes dépressifs à un moment ou à un autre de leur vie. Le risque de dépression est donc beaucoup plus élevé chez les personnes atteintes de SP que dans l’ensemble de la population.

Est-ce qu’il est important de traiter la dépression?

C’est très important. Une personne peut souffrir de symptômes dépressifs qui ne sont pas suffisamment graves pour établir un diagnostic de dépression, mais la souffrance n’est pas moins réelle et doit être traitée. Sans traitement adéquat, on risque d’aggraver les symptômes de dépression.

Pourquoi la SP amène-t-elle parfois la dépression?

La SP est une maladie chronique souvent invalidante qui risque de bouleverser la vie à l’école, en famille et avec les amis. Nombreux sont ceux qui se demandent sans doute qui ne deviendrait pas dépressif en sachant qu’il a la SP.

En fait, bien des gens croient que la dépression n’est qu’une réaction normale à un diagnostic de SP, mais c’est une idée fausse. La dépression ne s’installe pas à cause d’une épreuve ou d’une déception. Elle n’a rien à voir avec les plaintes sans fondement ou les sautes d’humeur.

Les causes de la dépression chez les personnes atteintes de SP sont mal connues. Des facteurs génétiques pourraient être impliqués, et le processus pathologique de la SP lui-même y joue peut-être un rôle direct ou indirect. Par ailleurs, la lente progression des lésions cérébrales pourrait provoquer des symptômes dépressifs chez certaines personnes, et on a constaté un lien entre les épisodes d’inflammation se produisant dans le cerveau au cours des poussées de SP et l’apparition de la dépression.

Ces facteurs physiques contribuent certainement à la dépression clinique. Toutefois, les facteurs psychologiques sont plus importants : la capacité d’adaptation à la maladie, la perception qu’on a de soi-même et les moyens qu’on prend pour retrouver un sentiment de maîtrise de sa vie.

Médicaments contre la SP et dépression

De nombreuses personnes atteintes de SP prennent un interféron bêta ou de l’acétate de glatiramère pour maîtriser la maladie. Des études préliminaires ont révélé que l’interféron bêta pouvait provoquer une dépression chez un nombre limité de personnes, mais cet effet est controversé. En cas de diagnostic de dépression, il faut aviser son omnipraticien et le médecin de la clinique qu’on prend un interféron bêta. Soulignons que la dépression n’a pas été associée à l’acétate de glatiramère.

Comment apparaît la dépression

On peut apprendre à vivre avec le fourmillement et l’engourdissement. On peut consulter son médecin ou son infirmière pour obtenir des conseils pratiques sur la prise en charge des symptômes physiques. En eux-mêmes, les symptômes de la SP ne rendent pas plus vulnérable à la dépression.

Ce qui peut saper la capacité de s’adapter à la maladie, c’est l’incertitude. Plusieurs personnes atteintes de SP se posent les questions suivantes : « Comment vais-je aller demain? » « Est-ce que je pourrai aller à l’école? » « Vais-je avoir suffisamment d’énergie pour voir mes amis? » Cette incertitude est très difficile à vivre. Comment faire des projets sans certitudes?

Ce serait bien de pouvoir envisager l’avenir, de se voir en train de profiter de la vie à l’avenir, mais comment peut-on y arriver sans savoir si on éprouvera de la douleur, si l’on sera capable de fonctionner ou si l’on aura un handicap?

Les allers-retours des symptômes de la SP sont pénibles, aussi. Quand on est blessé dans un accident, on finit par apprendre à accepter son état et par se refaire une idée de la vie à partir de là. Dans le cas de la SP, c’est différent. Même les symptômes graves de la SP peuvent s’atténuer, ce qui peut donner de l’espoir : « Est-ce que je vais aller bien désormais? Est-ce que je peux vivre ma vie, maintenant? » Pourtant, les symptômes peuvent revenir, soit après des semaines, soit après des mois ou des années. Ce cycle permanent d’espoir et de déception peut saper l’énergie et l’optimisme.

Il est normal de penser parfois à ce que la vie aurait pu être sans la SP. Les gens se demandent souvent : « Pourquoi moi? Pourquoi est-ce que ça m’arrive à moi? » Il est normal d’être triste et de regretter cette autre personne qu’on aurait pu devenir. De même, il n’est pas inhabituel de se sentir frustré quand on a de la difficulté à faire quelque chose qu’on a toujours trouvé si facile à faire.

Il est facile de se sentir en colère contre la SP. La colère fait partie des mécanismes d’adaptation. Elle peut aider à surmonter les obstacles, mais elle peut devenir destructrice si on l’entretient. Quand cela se produit, la colère crée des difficultés plutôt que d’aider à les surmonter.

Comment détecter la dépression?

Il peut être difficile pour les professionnels de la santé de détecter la dépression, et c’est ce qui fait qu’elle est souvent négligée. La dépression clinique se manifeste par un éventail de symptômes qui varient parfois grandement d’une personne à l’autre. Certaines personnes paraissent tristes et fatiguées, alors que d’autres semblent nerveuses et tendues.

Déceler la dépression chez une personne atteinte de SP peut être deux fois plus difficile, car les symptômes de SP et les symptômes dépressifs sont très similaires. On peut se sentir fatigué et abattu parce qu’on a eu une mauvaise journée à cause de la SP, mais il pourrait aussi s’agir de dépression. Si on éprouve souvent de l’incertitude ou de la crainte à propos de l’avenir, il peut s’agir soit de sentiments « normaux » chez une personne atteinte de SP, soit vraiment de signes de dépression.

Pour savoir si on fait une dépression, deux questions peuvent être utiles. Depuis quelques semaines :

  • Me suis-je  senti triste, déprimé ou désespéré?
  • Ai-je perdu de l’intérêt ou du plaisir pour les choses que j’aime d’habitude?

Si la réponse est « Oui » à ces deux questions, il importe de discuter de dépression avec son médecin.

Le suicide

La dépression n’est pas une maladie bénigne. Elle entraîne beaucoup de souffrance et peut amener à envisager le suicide.

Si une personne a l’une ou l’autre des pensées suivantes :

• « Ma vie est sans espoir. Je n’ai rien à en attendre. »
• « Ma famille serait mieux sans moi. »
• « Les choses iraient mieux si je mourais. »
• « J’ai trouvé une façon rapide et sans douleur d’en finir avec tout ça. »

Il est impératif de consulter immédiatement un professionnel de la santé en communiquant avec son médecin ou en se rendant à l’urgence de l’hôpital, à une clinique ou à un centre détresse-secours. Il ne faut pas hésiter à demander de l’aide.

Les pensées suicidaires font partie du syndrome dépressif. Comme les autres symptômes de dépression, elles se dissipent si on reçoit un traitement approprié. Il importe de ne pas s’enfermer dans le silence avec ces pensées qui pourraient amener à commettre l’irréparable. On peut obtenir de l’aide.

Que faire quand on souffre de dépression?

Il existe plusieurs traitements qui aident à soulager la dépression. Le premier pas, le plus important, c’est de demander de l’aide. La dépression est une maladie et elle doit être traitée. En effet, les symptômes dépressifs non traités risquent de s’aggraver ou de persister pendant des semaines ou des mois.

Le médecin pourrait suggérer des médicaments antidépresseurs. En général, il faut prendre l’antidépresseur tous les jours durant quatre à six semaines avant d’obtenir un soulagement marqué des symptômes dépressifs. Il ne faut pas se décourager; il importe de continuer à prendre le médicament et de lui donner le temps d’agir.

La plupart des médicaments, dont les antidépresseurs, peuvent causer des effets secondaires indésirables, comme des troubles digestifs (nausée, diarrhée), des maux de tête, de la fatigue ou une sécheresse de la bouche. Ces effets disparaissent souvent en quelques semaines. Toutefois, si ces effets secondaires sont graves ou incommodants, il importe de communiquer avec son médecin, qui pourra modifier la dose du médicament ou en choisir un autre, plus facile à tolérer.

Si le médicament ne convient pas, il ne faut SURTOUT PAS CESSER le traitement, mais d’abord en discuter avec son médecin. Certains médicaments nécessitent qu’on interrompe le traitement graduellement pour éviter les effets du sevrage. Cesser brusquement de prendre un antidépresseur pourrait aussi aggraver les symptômes dépressifs.

Si on prend déjà un antidépresseur obtenu sur ordonnance, IL NE FAUT PRENDRE AUCUN autre antidépresseur vendu sur ou sans ordonnance, ni aucun produit renfermant du millepertuis (une herbe médicinale appelée aussi herbe de Saint-Jean). Il importe de consulter son médecin avant d’utiliser un médicament contre la migraine et de l’informer, ainsi que son pharmacien, de tous les médicaments qu’on prend, y compris les produits vendus sur ou sans ordonnance et les produits de médecine douce.

Les antidépresseurs ne doivent pas être combinés à l’alcool ni aux drogues illicites. La consommation excessive de toute substance toxique (alcool, cocaïne, amphétamines, etc.) peut entraîner une dépression ou y contribuer.

La marijuana est de plus en plus utilisée par les personnes atteintes de SP pour soulager certains symptômes de la maladie tels que la spasticité, les douleurs et les tremblements. Cependant, elle peut avoir des effets négatifs sur l’humeur, et son usage fréquent peut contribuer aux symptômes dépressifs chez certaines personnes. La marijuana n’est pas recommandée chez les personnes qui présentent des symptômes dépressifs ou des sautes d’humeur.

La psychothérapie

La dépression peut également être traitée par la psychothérapie, notamment par la thérapie cognitivo-comportementale (TCC). En deux mots, dans la TCC, le thérapeute tente de cerner les pensées et les comportements négatifs qui causent la détresse et apprend au patient des techniques qui lui permettent de réorienter ses pensées et ses comportements dans une direction plus saine. Cette approche peut se révéler très utile pour régler des problèmes liés à l’estime de soi, à l’image corporelle, à la sexualité, à la colère et aux pensées négatives. La psychothérapie interpersonnelle a aussi démontré son efficacité dans les cas de dépression. Elle met l’accent sur les relations personnelles et la façon dont elles pourraient contribuer à la dépression.

Les psychothérapies de courte durée peuvent se terminer en 10 à 20 semaines.

Le traitement non pharmacologique présente toutefois deux inconvénients principaux. Premièrement, vu le faible nombre de thérapeutes qualifiés, le temps d’attente est parfois assez long et il peut être difficile d’en trouver dans certaines régions. Deuxièmement, la psychothérapie peut être coûteuse; il vaut mieux vérifier si le régime provincial d’assurance-maladie ou son assureur privé en rembourse les frais.

Autres services de consultation et de soutien

La SP risque aussi d’avoir des répercussions majeures sur la famille et les amis. Les services de consultation relationnelle peuvent être très utiles pour discuter de questions relatives à la famille, à la sexualité et à la façon de vivre avec la SP.

On peut aussi trouver soutien et encouragements auprès de la Société canadienne de la SP, des groupes locaux de soutien des personnes atteintes de SP, des infirmières des cliniques de SP et des groupes communautaires. Il peut aussi être rassurant de lire des livres écrits par des personnes atteintes de SP ou à leur sujet, car ce type d’ouvrages montre qu’on n’est pas seul dans cette situation. Les groupes religieux locaux peuvent aider à se rapprocher de sa spiritualité et offrir de nombreux services utiles.

Trouver l’information et les ressources qui répondent à ses besoins et conviennent à sa situation, voilà la clé du succès.

Prise en charge des aspects affectifs et sociaux de la SP