Prise en charge de la douleur

Durant de nombreuses années, la SP a été considérée comme une « maladie sans douleur ». On reconnaît maintenant que plus de 50 % des personnes atteintes de SP éprouvent de la douleur.

La douleur associée à la SP peut avoir de graves répercussions sur la qualité de vie des personnes atteintes. Elle peut contribuer aux troubles du sommeil, entraînant fatigue et dépression. Elle peut empêcher d’aller à l’école ou de travailler et nuire à la vie sociale. Le plus injuste, c’est que la douleur est un problème qui s’apparente à un cercle vicieux – plus on souffre, plus le seuil de tolérance à la douleur (ou la capacité de tolérer la douleur) diminue.

La bonne nouvelle, c’est que l’on peut prévenir, éliminer ou diminuer la plupart des douleurs associées à la SP grâce à diverses stratégies de prise en charge et à de nouveaux traitements.

La douleur, à quoi ça sert?

La douleur est en fait un mécanisme de protection très utile. Lorsqu’on touche quelque chose de brûlant ou d’acéré, elle prévient du risque de blessure. Grâce à la douleur, on apprend rapidement à éviter les dangers potentiels. La douleur aide également à guérir : en effet, lorsque des articulations ou des muscles blessés sont douloureux, on essaie d’éviter d’utiliser la région blessée, ce qui lui donne le temps de se rétablir. De même, quand on est malade, la douleur nous contraint à nous reposer, ce qui permet à l’organisme de déclencher des réactions immunitaires pour combattre la maladie.
Toutefois, dans de nombreux cas, la douleur (particulièrement la douleur chronique ou persistante) n’a pas de fonction particulière et ne fait que nuire à la qualité de vie. À moins que la douleur ne disparaisse d’elle-même, il faut la traiter.

C’est le type de douleur qui définit le type de traitement. La douleur se caractérise par son origine (ce qui la provoque) et par sa durée (combien de temps elle dure).

Causes

  • La douleur nociceptive est déclenchée par des lésions des tissus. Ce sont les récepteurs de la douleur disséminés dans les tissus, les nocicepteurs, qui transmettent les influx nerveux douloureux au cerveau.
  • La douleur neuropathique n’est pas provoquée par des lésions tissulaires; elle est la conséquence de lésions du système nerveux ou de mauvaises connexions nerveuses. En fait, à cause de ces anomalies, le cerveau va confondre certains messages qui lui sont transmis avec des influx douloureux, alors que l’organisme n’a subi aucune lésion tissulaire. La douleur neuropathique est associée à de nombreuses maladies, dont la SP. Dans bien des cas, elle s’intensifie à mesure que la maladie sous-jacente s’aggrave et peut même devenir invalidante.
  • La douleur neuropathique associée à la SP peut s’expliquer de la façon suivante. Les influx douloureux sont transmis au cerveau par les neurones, les cellules qui forment le système nerveux. Ce dernier est un peu comme un circuit électrique traversé par un courant (les influx nerveux). Il va sans dire que le courant ne peut pas passer si le circuit est abîmé. Or, la SP s’attaque à la myéline, la gaine protectrice qui recouvre les neurones. Plus la démyélinisation (destruction de la myéline) des neurones est importante, plus la transmission des influx nerveux s’en trouve perturbée. C’est à cause de ces problèmes de transmission que le cerveau interprète mal certains influx nerveux qu’il prend pour des influx douloureux.

Durée

  • La douleur aiguë. Il s’agit d’une douleur intense de courte durée, généralement associée à une lésion tissulaire (brûlure, coupure, coup). Bien souvent, elle s’estompe spontanément et disparaît une fois la lésion guérie. Dans la plupart des cas, les traitements antidouleurs classiques (acétaminophène, ibuprofène) permettent de soulager ce type de douleur.
  • La douleur chronique. C’est une douleur persistante qui peut être idiopathique (dont on ignore la cause) ou attribuable à une maladie chronique (arthrite, cancer). Elle peut durer des semaines, voire des mois; autrement dit, elle peut persister après la guérison. Elle semble être omniprésente dans la plupart des cas; cela dit, son intensité est variable. En général, les traitements qui apaisent la douleur aiguë ne sont guère efficaces contre la douleur chronique.

Les différents types de douleur associés à la SP

Le lien de causalité entre la SP et la douleur peut être direct (la douleur est imputable aux effets de la maladie sur le système nerveux) ou indirect (la douleur est secondaire au déficit fonctionnel entraîné par la maladie). Les deux principaux types de douleur, soit la douleur aiguë et la douleur chronique, ont été observés chez des personnes atteintes de SP. Ils étaient tous deux associés à divers syndromes de douleur nociceptive ou neuropathique dont la durée et l’intensité étaient variables.

Douleur aiguë associée à la SP – épisodes de douleur paroxystique ou spasmodique

  • La névralgie du trijumeau. C’est un trouble neurologique extrêmement douloureux. Il se caractérise par une douleur faciale en coup de poignard faisant l’effet d’une décharge électrique, qui est déclenchée par l’exposition du visage ou de la bouche à de très légers stimulus, comme le vent froid ou des activités aussi banales que le brossage des dents, la toilette ou le rasage. Les accès de douleur ne durent en réalité que quelques secondes, mais lorsqu’il y a en plusieurs qui se succèdent, on peut avoir l’impression que la douleur est persistante. La douleur peut être localisée aux lèvres, aux yeux, au nez, au cuir chevelu, au front ou à la mâchoire. La névralgie du trijumeau touche jusqu’à 7 % des personnes atteintes de SP.
  • Spasmes musculaires et spasticité. Les spasmes sont des contractions involontaires d’un muscle ou d’un groupe de muscles qui ne sont pas coordonnées avec la réaction des autres muscles. Une personne atteinte de SP sur dix est en proie à des spasmes toniques douloureux (forme de spasticité extrême). Il s’agit en fait d’une contraction subite des muscles d’un membre qui se traduit par une extension ou une flexion violente et douloureuse de ce dernier. La sensation ressentie est comparable à celle provoquée par une crampe musculaire atroce.
  • Le signe de Lhermitte. Il est caractérisé par une sensation de décharge électrique (semblable à des picotements) à la nuque qui se propage le long de la colonne vertébrale lors de la flexion du cou (et par des sensations lumineuses). Ces sensations sont attribuables aux influx nerveux transmis par des neurones partiellement démyélinisés qui sont étirés lors de ce mouvement de flexion.

La douleur chronique associée à la SP

  • La douleur musculosquelettique. Elle est causée par des tensions anormales exercées sur les muscles, les ligaments et les articulations, qui sont elles-mêmes la conséquence de la faiblesse musculaire associée à la SP dans bien des cas. La lombalgie est une douleur chronique au bas du dos qui est tout particulièrement fréquente chez les personnes atteintes de SP. Elle peut être imputable à une mauvaise posture ou au fait de rester assis dans un fauteuil roulant. En général, la douleur musculosquelettique peut être soulagée efficacement par les antidouleurs classiques.
  • La douleur neuropathique chronique (dysesthésie). Il s’agit d’une douleur persistante à type de brûlure ou de picotements. Elle se fait sentir en permanence dans les membres, et c’est généralement dans les jambes qu’elle atteint son paroxysme. Elle découle directement du retentissement de la SP sur le système nerveux central.
  • L’allodynie. C’est une hypersensibilité de la peau au toucher; plus précisément, une douleur déclenchée par des stimulus qui ne devraient pas être douloureux (effleurement de la peau avec une brosse douce, contact des vêtements avec la peau ou exposition au vent).
  • La névrite optique. Il s’agit d’une douleur déclenchée par les mouvements oculaires (c’est-à-dire les mouvements des yeux); c’est bien souvent le symptôme révélateur de la SP.

Stratégies de prise en charge de la douleur

La prise en charge de la douleur en SP au fil du temps nécessite une équipe multidisciplinaire, qui peut comprendre une infirmière, une neurologue, un spécialiste de la douleur, un psychiatre, un ergothérapeute, un physiothérapeute, un psychologue et des praticiens en médecine douce, parallèle et complémentaire.
La première étape pour soulager la douleur, c’est de la reconnaître et de la caractériser. La douleur est un phénomène subjectif, difficile à décrire pour les patients et difficile à évaluer pour les praticiens. Heureusement, il existe de nombreux outils pour évaluer la douleur avec davantage de précision, ce qui permet d’orienter le médecin vers le traitement le plus approprié.

Il existe plusieurs formes de traitement pour la douleur associée à la SP et le choix dépend beaucoup plus de la nature de la douleur que de sa cause sous-jacente.

Dans la mesure du possible, on utilisera un seul médicament afin d’éviter les interactions et les effets secondaires additionnels qui découlent de la prise de plusieurs médicaments. On peut aussi associer des traitements parallèles à la prise de médicaments pour obtenir un maximum de bienfaits. Enfin, il importe de traiter toute dépression qui pourrait accompagner la douleur; le fait de ne pas traiter la dépression ou de la traiter de façon inappropriée peut augmenter la perception de l’intensité de la douleur.

Parce que les options thérapeutiques sont nombreuses – médicaments sur ordonnance, médicaments en vente libre, produits et traitements parallèles et complémentaires –, il est essentiel que le professionnel de la santé informe son patient des raisons pour lesquelles il lui recommande une option thérapeutique. En contrepartie, il est très important d’informer les professionnels de la santé des traitements qu’on prend pour soulager la douleur, afin de prévenir les complications qui peuvent parfois découler de la prise de plusieurs médicaments et de traitements multiples.

Traitements non médicamenteux contre la douleur

L’acupuncture. Cette branche de la médecine traditionnelle chinoise consiste à introduire des aiguilles très fines dans la peau et les muscles au niveau de points de stimulation nerveuse bien précis. On croit que c’est en stimulant la libération des opiacés naturels de l’organisme (endorphines, sérotonine) dans les voies de la douleur, le long de la moelle épinière jusqu’au cerveau, qu’elle atténue la douleur.
L’électrostimulation transcutanée (ESTC ou TENS, en anglais). Se fondant sur le même principe que l’acupuncture, elle consiste à stimuler une région de la peau ou un muscle endoloris en appliquant sur la peau des électrodes parcourues par un léger courant électrique qui favorise la libération d’endorphines dans le liquide céphalorachidien. Elle s’est révélée particulièrement efficace contre les douleurs musculaires profondes irradiantes.

L’exercice. Il peut être très utile pour prévenir et soulager les douleurs d’origine musculosquelettiques. Par exemple, on peut atténuer les désagréments liés à la spasticité en effectuant régulièrement des séries d’étirements. En outre, on peut prévenir et soulager les douleurs au cou, au dos et aux articulations en maintenant un poids idéal et en raffermissant les muscles de la sangle abdominale. En fait, il a été prouvé que l’exercice contribue à atténuer la douleur associée à diverses maladies. Ces effets bénéfiques seraient attribuables en partie au fait que l’exercice stimule la libération des opiacés naturels de l’organisme.

Les massages. Ils stimulent la circulation sanguine et favorisent ainsi la relaxation et le soulagement de la douleur. Cela dit, la prudence est de mise, car ils peuvent aussi provoquer des spasmes musculaires.

Traitements médicamenteux contre la douleur

Les médecins peuvent prescrire l’un des nombreux médicaments antidouleurs offerts sur le marché après avoir présenté dans le détail les divers traitements possibles. Soulignons que ces médicaments doivent être administrés sous la surveillance d’un professionnel de la santé.

Prise en charge des aspects physiques de la SP