Troubles cognitifs

Les fonctions cérébrales déterminent la personnalité, les émotions et l’intellect (cognition) – attributs faisant de chacun de nous une personne unique. La SP peut affecter ces fonctions directement ou indirectement.

La cognition est sensible à de multiples facteurs potentiellement perturbateurs, dont le processus normal de vieillissement, la maladie et un traumatisme. Elle peut aussi être altérée temporairement par la tension, le stress émotionnel, la dépression, les troubles du sommeil, la ménopause et la fatigue. Les troubles cognitifs peuvent également être attribuables à des facteurs nutritifs comme un faible taux de sucre dans le sang (hypoglycémie), à certains médicaments, à l’alcoolisme et à la toxicomanie.

Bien que ce fait soit inquiétant, les résultats de la recherche dans ce domaine s’avèrent encourageants. En effet, tout en étant répandus chez les personnes atteintes de SP, les troubles cognitifs associés à cette maladie sont rarement graves.

Quelles fonctions cognitives peuvent être altérées par la SP?

Alors que les chercheurs tentent toujours de répondre à cette question, certaines constantes ont déjà émergé.

Les troubles de la mémoire sont les plus fréquemment rapportés par les personnes atteintes de SP. Ils concernent le plus souvent la mémoire des faits récents. À titre d’exemple, une personne peut avoir de la difficulté à se rappeler un numéro de téléphone important qu’on vient de lui donner, alors qu’elle se souviendra de faits anciens.

Des études révèlent que deux types de processus mnémonique (mémorisation) peuvent être déficients. Le premier est la capacité de se rappeler les informations reçues et enregistrées. Une déficience dans ce domaine pourrait être la cause la plus répandue des troubles de la mémoire. Le second est la capacité d’apprentissage, qui serait diminuée chez certaines personnes – si une personne a de la difficulté à enregistrer certains faits, il lui sera difficile de s’en souvenir.

Le recours à des « indices » peut aider à identifier l’origine des troubles de la mémoire. En donnant des indices à une personne, on peut l’aider à se rappeler une information récente. En revanche, cette approche ne sera d’aucune utilité si la personne n’a pas pu enregistrer l’information en question.

Le raisonnement abstrait et l’aptitude à résoudre les problèmes sont parfois touchés. La résolution de problèmes comporte de nombreuses facettes, notamment l’analyse du problème, l’identification des principaux éléments à modifier, l’élaboration d’un plan d’action visant à apporter les modifications nécessaires et la réalisation concrète de ce plan. Soulignons que l’atteinte de ces objectifs demande souvent de la souplesse. Les personnes qui ne peuvent traiter l’information de cette façon pour résoudre des problèmes présentent ce qu’il est convenu d’appeler un « syndrome dysexécutif ».

Les fonctions visuo-spaciales peuvent être affectées par la SP. Celles-ci comprennent la capacité de reconnaître des objets, de les dessiner et de les assembler. Ces aptitudes sont utiles dans de nombreuses activités de la vie quotidienne telle que conduire son véhicule, trouver son chemin et faire ses bagages.

La fluidité verbale est une autre fonction cognitive qui peut être touchée par la SP. Les difficultés dans ce domaine diffèrent des troubles de l’élocution observés dans la SP, qui se traduisent par un ralentissement du débit de la parole ou une altération de la voix. Les personnes touchées ont un mot « sur le bout de la langue », mais ne peuvent s’en souvenir.

La vitesse de traitement de l’information est ralentie. La mémoire et la fluidité verbale demandent le traitement rapide de l’information. Le ralentissement des processus intellectuels (retard dans le traitement de l’information) est le principal trouble cognitif lié à la SP. En conséquence, les épreuves cognitives exigeant des réponses rapides permettent de déceler facilement ce type de trouble cognitif chez les personnes atteintes de SP.

Comment se développent les troubles cognitifs?

La sclérose en plaques peut être la cause directe de troubles cognitifs.

Les lésions (zones de tissu cicatriciel) de SP ont été associées aux troubles cognitifs. Des études ont montré que les deux hémisphères cérébraux étaient à peu près également touchés par la SP. Les lésions se situent dans ce qu’on appelle la substance blanche du cerveau, où la myéline se trouve en abondance. Elles sont fréquemment observées près des ventricules – cavités internes du cerveau – dans lesquels circule le liquide céphalorachidien. L’imagerie par résonance magnétique (IRM) a démontré une relation évidente entre ces lésions et les troubles cognitifs.

Enfin, les nouvelles techniques d’IRM permettent maintenant d’obtenir de l’information sur les changements qui surviennent dans la structure du cerveau, changements que nous n’avions pas pu observer auparavant. Certaines de ces subtiles modifications ont aussi été associées à la dysfonction cognitive.

À quelle fréquence les troubles cognitifs surviennent-ils?

La recherche a montré qu’environ la moitié de toutes les personnes aux prises avec la sclérose en plaques qui vivent dans la collectivité ne présente aucun trouble cognitif. Dans l’autre moitié, environ 40 % des personnes sont touchées légèrement, tandis que de 5 à 10 % présentent des troubles modérés ou graves.

Mais quels sont les effets des troubles cognitifs légers ou modérés sur la vie des gens? Il est difficile de répondre à cette question. Tout dépend de la situation de chacun. Pour certains, une atteinte légère peut entraîner un changement de vie draconien comme l’abandon d’une carrière ou des études. Pour d’autres, le même degré d’atteinte ne changera rien à leur vie parce qu’ils peuvent s’y adapter grâce, par exemple, à certains aménagements en milieu de travail.

Dépistage des troubles cognitifs

Une évaluation professionnelle peut être demandée si les troubles cognitifs s’aggravent. Par exemple, si les troubles de la mémoire sont de plus en plus fréquents ou si la concentration sur une tâche est plus difficile qu’avant. Il peut arriver qu’on manque de jugement, qu’on cherche ses mots, qu’on ne pense pas aussi vite qu’auparavant ou qu’on perde le sens de l’organisation en ce qui concerne ses projets ou ses activités quotidiennes.

Si ces difficultés occasionnent du stress ou entravent la vie professionnelle, étudiante ou sociale, il serait important de se soumettre à une évaluation cognitive. Une telle évaluation peut aussi s’avérer utile si on envisage de retourner aux études ou de suivre un programme de formation. Enfin, de nombreuses personnes demandent une évaluation lorsqu’elles commencent à prendre un médicament modificateur de l’évolution de la SP, pour pouvoir déceler tout changement cognitif qui pourrait survenir par la suite.

Traitement des troubles cognitifs

Médication. La recherche sur l’utilisation de médicaments dans le traitement de la dysfonction cognitive se poursuit, et quelques études ont donné des résultats modérément prometteurs. Le médecin peut déterminer si un traitement médicamenteux convient.

Réadaptation cognitive. Au cours des dernières années, le recours à la réadaptation cognitive des personnes atteintes de SP s’est accru, étant donné l’avènement de techniques efficaces contre les troubles les plus courants. La réadaptation cognitive est conçue pour aider les personnes à compenser les troubles de la mémoire ou le ralentissement de leurs processus d’apprentissage. Elle est assurée par les neuropsychologues, les ergothérapeutes et les orthophonistes. D’ordinaire, un programme de réadaptation cognitive est étalé sur des semaines ou des mois. Une séance dure généralement une heure. Elle peut comporter des exercices de mémoire, de concentration ou d’habileté spatiale et une longue période d’exercices visant à maîtriser des « stratégies compensatoires » qui permettent d’améliorer le sens de l’organisation de la personne et de lui apprendre par exemple à se servir efficacement d’un ordinateur, à mieux gérer son temps et sa paperasse.

Les objectifs du traitement sont individualisés, et les progrès peuvent être mesurés périodiquement; dans bien des cas, un programme de réadaptation peut prévoir des rencontres avec la famille qui permettront à cette dernière de comprendre la nature des difficultés de leur proche et les moyens de l’aider. Des techniques de gestion du stress, des conseils professionnels ou la psychothérapie peuvent être ajoutés au plan de soins, s’il y a lieu.

Comment atténuer les troubles cognitifs?

En parler ouvertement. Il importe de confier ses préoccupations à son médecin ou à son infirmière et d’en discuter avec ses proches. Très souvent, les problèmes qui nous font peur ne sont pas aussi terribles que nous les imaginons. Les proches ne se rendent pas toujours compte que la personne atteinte de SP a des troubles cognitifs qui sont causés par cette maladie. Lorsqu’une personne ayant la SP oublie des bouts de conversation, rate des rendez-vous ou égare ses choses, elle peut être perçue comme paresseuse, indifférente ou négligente. Dans ces cas, les proches et les amis ont besoin d’aide pour comprendre ce qui se passe.

Consulter un professionnel au besoin. Tous ceux qui ont des trous de mémoire occasionnels n’ont pas nécessairement besoin de consulter un professionnel, mais ce dernier peut aider à faire face aux répercussions des troubles cognitifs sur l’estime de soi et la vie quotidienne. Il peut également traiter la dépression et l’anxiété, sources possibles d’altération des fonctions intellectuelles.

S’aider soi-même. Si la mémoire fait défaut, il faut essayer d’être mieux organisé — par exemple avec un bon téléphone intelligent ou un agenda papier qui aidera à ne rien oublier. Lorsqu’on essaie d’apprendre quelque chose, il importe de prendre tout le temps qu’il faut pour bien l’intégrer. Des études ont révélé que les personnes atteintes de SP se rappelaient mieux les informations reçues lorsqu’elles avaient fait suffisamment d’exercices de mémorisation. Il est nécessaire de ranger toujours au même endroit les objets qu’on utilise souvent, par exemple, les clés de l’auto. Il convient de choisir le moment de la journée où l’on se sent le mieux pour accomplir les tâches les plus exigeantes. Lorsqu’on oublie un mot, il ne faut pas s’évertuer à le chercher, mais plutôt penser à autre chose, et il resurgira de la mémoire, plus tard.

Prise en charge des aspects physiques de la SP